La prison américaine, reflet des maux d’une société déréglée

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Les Etats-Unis, « land of the free », comptent aujourd’hui plus de 2 millions de prisonniers, ce qui représente le taux d’emprisonnement le plus élevé au monde, à l’exception peut-être de la Russie. La première puissance du monde a manifestement choisi l’emprisonnement comme remède à tous ses maux. 2 millions de prisonniers, 2 millions d’histoires, chacune racontant un aspect du marasme social américain.

Tout d’abord, 250 000 prisonniers, soit un huitième de la population carcérale, sont des vétérans de guerre (Corée, Vietnam, Irak). Lorsque les troupes américaines sont revenues du Vietnam, elles furent accueillis dans les aéroports par des jets de pierre. Des innocents étaient lapidés alors que les vrais responsables/meurtriers de l’administration Nixon dormaient sur leurs deux oreilles. Ces vétérans qui sortaient d’une guerre très éprouvante sur le plan moral n’ont pas eu accès aux soins psychologiques dont ils avaient grand besoin. De plus, une grande partie des vétérans s’étaient engagés dans l’armée car c’était le seul moyen pour eux d’échapper à la misère. Lorsqu’ils étaient de retour aux Etats-Unis, un pays dont l’aide sociale laisse à désirer, ils furent confrontés de nouveau à la pauvreté, qui les mena au crime. Les guerres sales et irresponsables menées par le gouvernement à travers les décennies, couplées à leur incapacité à s’occuper convenablement des vétérans, est l’une des nombreuses causes de la population carcérale grandissante.

Plus de 55% des prisonniers aux Etats-Unis sont des blacks, le plus souvent incarcérés pour des délits mineurs, le plus souvent victimes de la discrimination raciale dans les tribunaux. Nul besoin de chercher trop loin pour trouver un exemple de cette discrimination. Un tiers des prisonniers est enfermé pour des délits de drogue. La loi américaine réserve la même peine pour un individu en possession de 500g de poudre que pour un individu en possession de 5g de crack, alors que le crack et la poudre ont des effets nocifs identiques. Cette disparité injuste et raciste, ce ratio démesuré de 100 contre 1, existe depuis 15 ans. Du coup, malgré des consommations de drogue relativement égales entre les noirs et les blancs, ce sont bien les minorités ethniques qui sont désavantagées par cette politique. Il existe des traitements médicaux pour aider les drogués à vaincre leur dépendance, mais la voie privilégiée est celle des 10 ans d’emprisonnement.

C’est bien connu, les Etats-Unis sont le pays de l’ultra-libéralisme à tout va, du corporatisme sauvage et sans limites, de la démocratie du plus riche… Depuis le début des années Reagan en 1980, les lois visant à limiter les pratiques corporatistes furent supprimés petit à petit, donnant aux grands trusts et multinationales un pouvoir illimité, un contrôle absolu sur les moyens de productions et l’accès à l’emploi. Conséquence directe : salaire minimum en baisse, l’obligation pour le travailleur américain de travailler plus de 70 heures par semaine pour subvenir aux besoins les plus basiques de sa famille, pauvreté et fracture sociale grandissantes, perte d’assurance maladie (50 millions d’Américains aujourd’hui n’ont aucune assurance maladie ! On laisse crever des personnes dont le seul crime est de ne pas avoir assez pour payer leur opération)… De plus, un nombre incalculable d’emplois furent supprimés dans des périodes aux profits records pour les entreprises, envoyant les travailleurs vers l’alcoolisme, le crime, la violence conjugale, voire le suicide. Un véritable acte de terrorisme économique qui envoie le travailleur vers une mort lente dans une société où c’est du chacun pour soi. Aujourd’hui le taux de pauvreté aux Etats-Unis s’élève à 19%. A titre de comparaison, celui en France, pays nettement moins riche et productif, est de 7.5%. Les Etats-Unis champion du monde industrialisé de la pauvreté, franchement chapeau bas !

Enfin, comment parler de prison américaine sans parler de goulag américain. Le treizième amendement n’a pas aboli l’esclavage mais l’a limité à ceux ayant commis des délits. Victoria’s Secret, TWA, Microsoft, IBM… Ces entreprises font partie de celles ayant augmenté leurs profits en employant de la main d’œuvre carcérale payée parfois 11 cents par heure ! Un autre exemple des pratiques corporatistes barbares. Dans son livre « Le goulag américain – le travail forcé aux Etats-Unis », Daniel Burton Rose nous dresse un portrait de l’esclavage moderne. Le code du travail n’est absolument pas appliqué, il n’existe ni salaire minimum ni droit de grève. Les conditions d’hygiène et de sécurité sont loin d’être respectées. Je vous laisse sur ces deux passages du livre de M. Burton Rose, recueil d’articles parus dans  » Prison Legal News « , une revue rédigée par des détenus américains résistant au système qui les opprime durement :

 » Des délinquants emprisonnés pour de courtes peines, représentent une population idéale pour un travail mortellement dangereux (déchets toxiques etc…)…  »

 » Six heures après le début de la grève, la prison fut bouclée, les cellules des prisonniers fouillées et les meneurs supposés envoyés en isolement disciplinaire (SHU). Les prisonniers furent encore plus nombreux à refuser de travailler. L’administration en profita pour créer une seconde SHU afin d’y loger les grévistes, les prisonniers y étant placés explicitement pour avoir refuser de travailler. La seule manière pour eux de ne plus être confinés dans l’isolement 24h/24 était d’accepter de retourner travailler. Il est important de noter que les prisonniers demandaient en gros le retour aux conditions d’avant 1994 « 

 

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