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Histoire de l’Irak moderne , partie 2

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La seconde guerre du Golfe

1990 – 1992

des causes à l’invasion du Koweit


 

Causes historiques du conflit

 

L’Irak n’est pas un état historique, il n’a pas de frontières naturelles et son peuple n’a aucune homogénéité, ni religieuse ni culturelle. Parmi ses 18 millions d’habitants, les Arabes représentent 72%, les Kurdes 22%, les Turcs et autres ethnies 6%. Les musulmans représentent 97% de la population, mais sont divisés en chi’ites (51%) et sunnites (46%). Ces deux grands sectes rivales partagent l’Islam depuis la mort du Prophète. La naissance de l’Irak en tant qu’Etat remonte à la Première Guerre mondiale. Pour vaincre les Turcs, alliés de l’Allemagne impériale, les Anglais avaient fait miroiter à un prince hachémite de la péninsule arabe (Hussein, émir du Higiaz) un grand trône arabe, dont les frontières s’étendraient du golfe persique à la méditerranée. Mais, en mai 1916, les accords secrets Sykes-Picot organisaient une partage différent des provinces arabes de l’Empire Ottoman: la Syrie et le Liban à la France, la Mésopotamie et la Palestine à la Grande-Bretagne. Lorsque qu’en 1919, Fayçal, fils d’Hussein et fraternel compagnon de Lawrence d’Arabie dans la guérilla des années précédentes, se rendit maître de Damas et se fit proclamer roi, les Français débarquèrent en Syrie pour réclamer le prix du partage. Pour ne pas décevoir les attentes des alliés hachémites, la Grande-Bretagne reconstruit de quelques traits de crayon la carte du Moyen-Orient. Fayçal reçut un domaine, l’Irak, qui réunissait les provinces ottomanes de Bagdad, de Bassorah et de Mossoul. Le frère de Fayçal, Abdallah, obtint aussi un émirat, la Transjordanie, qui séparait la Palestine des territoires à l’Est du Jourdain. Elle se réserva, enfin, la Palestine du Jourdain à la mer, et naturellement établit son protectorat sur les Etats octroyés aux deux frères. Pour délimiter l’Irak et l’Iran, la Grande-Bretagne choisit la frontière historique entre l’Empire Ottoman et l’Empire Perse; pour le délimiter de la Turquie, on choisit la frontière administrative qui séparait la province de Mossoul des autres provinces ottomanes. Quant aux autres délimitations, ce fut la règle du géomètre qui les établit.

 

Voilà donc les frontières établies entre une tasse de thé et un verre de whisky et dont Winston Churchill dit que cela sentait beaucoup plus le whisky que le thé. Les limites de l’Irak avaient d’ailleurs une importance toute relative, puisque la Grande-Bretagne exerçait ses droits des deux côtés de la frontière. Son protectorat sur le Koweit remontait à 1899 et cela lui donnait depuis longtemps le droit de participer à l’exploitation des richesses pétrolières de la région, ainsi qu’un droit de regard sur les événements du golfe et sur le glacis méridional russe. De toutes les créations artificielles imaginées par la Grande-Bretagne pour se garantir le contrôle d’une bonne partie des provinces arabes de l’Empire Ottoman, l’Irak se montra rapidement la plus rebelle et imprévisible. Pour gouverner son Etat le roi Fayçal s’appuya sur la minorité sunnite, ce qui ne fit qu’accentuer les contrastes avec la majorité chi’ite. Lorsqu’il mourut, un an après la fin du protectorat britannique et l’entrée du pays dans la Société des Nations, ce fut son fils Ghazi qui lui succéda, suivi de Fayçal II. Mais en 1936, après des accrochages ethniques au Nord du pays, l’Irak eut son premier proconsul militaire, le général Sidqi, une sorte de héros national qui avait réprimé durement la révolte d’une minorité chrétienne, les Assin. Accueilli par des arcs de triomphe décorés d’horribles symboles (melons tachés de sang transpercés de poignards), Sidqi obligea le roi à accepter un « changement de garde » et obtint la charge de chef d’etat-major. Ainsi fit son apparition au sommet de l’Etat, une nouvelle caste politico-militaire dont l’idéologie était nationaliste, antibritannique et modernatrice, fortement ressemblant aux régimes totalitaires européens. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclata, la faction la plus fascisante et autoritaire de la classe dirigeante irakienne prit le pouvoir et appela à l’aide les puissances de l’Axe.

 

Les Anglais occupèrent Bassorah, mais l’Allemagne hésita avant de s’engager à fond dans une aventure qui l’aurait distraite du théâtre russe et européen. Quant à l’Italie, elle se limita à l’envoi de quelques avions. Peu de semaines après, les Anglais marchèrent sur Bagdad et reprirent le contrôle du pays. Depuis lors et jusqu’en 1958, l’Irak fut donc, à l’intérieur de l’orbite anglaise, la « cinquième colonne » de l’arabisme pro-occidental, dans un monde où les slogans anti-impérialistes et anti-sionistes devenaient de plus en plus l’idéologie des nouvelles classes dirigeantes. Pendant que Nasser prenait le pouvoir en Egypte, l’Irak, grâce à Nuri es-Said, un vieux premier ministre aux sympathies britanniques, concluait en 1954 avec l’Iran et la Turquie une alliance politico-militaire. Cette alliance prolongeait le déploiement antisoviétique de l’OTAN au Proche-Orient et ouvrait la route à l’expédition anglo-française de Suez deux ans plus tard.

 

 

1958 l’Irak lâche l’occident

 

En 1958, l’Irak se précipita une fois de plus dans la guerre civile. Comme en 1936, les militaires guidés par le général Kassem organisèrent un coup d’Etat. Mais, au lieu de prendre le pouvoir en laissant intactes les institutions, ils massacrèrent le roi, sa famille et Nuri es-Said et proclamèrent la république. Les jours suivants, un corps expéditionnaire américain (10000 hommes) fut envoyé à Beyrouth et 2500 paras anglais s’installèrent à Amman en Jordanie. La crise dura peu. Mais la date du 14 juillet 1958 marqua un tournant. L’Irak ne fut plus l’alliée de l’occident et devint peu à peu un compagnon de voyage de la politique soviétique.

 

 

L’irrésistible ascension de Saddam Hussein

 

Un homme nouveau apparaît dans le parti Baas au pouvoir. Il s’appelle Saddam Hussein, il est né en 1937 près de Takrit sur le fleuve Tigre, en territoire sunnite, à 160 kilomètres au Nord de Bagdad. La légende familiale dit qu’il aurait passé son adolescence chez un oncle qui avait participé au coup fascisant de 1941 et qui avait tiré de cette expérience une haine viscérale pour l’impérialisme britannique. Nourri par les souvenirs de son oncle, Saddam Hussein devient membre du parti Baas à 21 ans. Il participe à un attentat manqué contre Kassem, se réfugie en Egypte et en Syrie puis revient à Bagdad en 1963 au moment où un groupe d’officiers de Baas renverse le régime et tue son leader. Il n’a que 26 ans mais les traits essentiels de son caractère sont désormais évidents. Il est violent, têtu et cruel. C’est lui qui interroge et torture les prisonniers politiques dans le palais où le roi Fayçal et sa famille furent assassinés. Son efficacité et ses capacités lui ouvrent les portes du Commandement régional de Baas, une sorte de politburo qui organise la stratégie politique du parti.

 

C’est ainsi que débute l’irrésistible ascension de Saddam Hussein. En 1966, tandis que le Baas est à nouveau opposant au régime, il en crée la police secrète. En 1968, dès le retour du parti Baas au pouvoir, il devient le numéro deux du régime, sous la présidence de Ahmad Hassan al-Bakr. En 1979, il prend sa place et s’installe au sommet de l’Etat.

 

Le reste – l’attaque de l’Iran, l’usage d’armes chimiques, le massacre des Kurdes, les énormes achats d’armes sur tous les marchés du monde, la construction d’un réacteur nucléaire détruit par l’aviation israélienne, la construction chimérique d’un canon nucléaire, la pendaison d’un journaliste anglais coupable d’une excessive curiosité professionnelle, le contentieux financier et territorial avec le Koweit, l’invasion de l’émirat -, appartiennent à l’actualité des dernières années.

 

 

Iran contre Irak

 

Il convient de se demander si l’on peut dessiner à partir de ces données les grandes lignes d’une politique. En d’autres termes: quelles sont les intentions et les buts pour lesquels Saddam Hussein a traîné le pays dans une guerre qui a duré onze ans et qui s’est terminée par la libération du Koweit.

 

La révolution islamique à Téhéran a représenté certainement une menace pour le régime de Bagdad. Outre leur différence – l’Irak de Saddam est laïque et modernisateur, l’Iran des ayatollahs et chi’ite, fondamentaliste et théocratique – les deux pays avaient les raisons les plus anciennes pour se haïr. L’Iran disposait d’une cinquième colonne chi’ite à l’intérieur du régime irakien et l’Irak, de son côté, pouvait soulever les minorités arabes et kurdes contre l’hégémonie perse et chi’ite des ayatollahs. La guerre a éclaté en septembre 1980, lorsque que Saddam Hussein a agressé par surprise l’Iran.

 

Après avoir déclaré préalablement son plan aux Soviétiques, il a attaqué, convaincu de pouvoir exploiter rapidement la faiblesse, l’instabilité et l’isolement du régime iranien. Il l’a fait probablement en pensant que rien n’aurait plus valorisé le régime et la nation irakienne qu’un rapide triomphe militaire. Mais la guerre dura huit ans et fur la plus atroce et la plus sanglante de la région. Finalement Saddam Hussein a eu de son côté, au fur et à mesure de la progression du conflit, l’alliance tacite de tous ceux (Etats-Unis, URSS, pays arabes du Golfe et quelques pays d’Europe occidentale) auxquels la révolution islamique inspirait les plus vives préoccupations.

 

Financé par les Etats arabes, armé par les Soviétiques et par de grandes industries d’armes de l’Occident, Saddam Hussein est devenu le chef de l’Etat le plus puissant et le plus endetté de la région. On calcule qu’entre 1982 et 1989, l’Irak a importé plus de 30 milliards de dollars d’armes et qu’il a dépensé pour l’armement une somme égale à 50 % du produit intérieur brut. On calcule aussi qu’au cours des cinq dernières années précédant l’invasion du Koweit les achats irakiens ont représenté 9 % du chiffre mondial. Les fournisseurs de l’Irak ont été l’URSS (40 %), la Chine (13 %) et les pays de l’Europe occidentale (15 %), parmi lesquels la France a eu la part du lion.

 

L’Irak a pu faire face à ses dépense grâce au pétrole et aux prêts des autres pays arabes, notamment le Koweit !

 

 

Invasion du Koweit

 

Cette longue guerre a eu une autre conséquence: rendre le régime de Saddam Hussein de plus en plus oppresseur, cruel, policier, ambitieux. Tandis qu’il sacrifie ses sujets dans de sanglantes batailles et qu’il purge l’appareil politique et administratif de l’Etat, Saddam Hussein donne à l’Irak un passé impérial fictif, s’autoproclame le descendant de Nabuchodonosor, revendique l’héritage juridique du grand Hammourabi, s’entoure d’officiants qui mettent en scène avec des rites de plus en plus mirobolants le culte de sa personnalité.

 

La guerre contre l’Iran terminée, avec un million de mort et une victoire apparente, il se met à envisager immédiatement d’autres entreprises. Pour effacer les dettes, pour acquérir de nouvelles sources de revenus pour prouver la puissance et le prestige qu’il croit avoir conquis avec sa « victoire » sur l’Iran, pour s’ouvrir une meilleure voie vers la mer et pour affirmer son hégémonie politique et militaire dans la région du Golfe, Saddam Hussein attaque le Koweit au cours de l’été 1990. Ce n’était pas la première fois que l’Irak tentait de s’approprier l’émirat. Kassem avait déjà essayé en juin 1961, mais les Anglais, débarqués dans le Golfe avec un petit corps expéditionnaire, avaient clairement laissé entendre au dictateur irakien qu’ils n’auraient pas toléré l’agression. Kassem avait ainsi dû stopper ses élans puisque d’autres pays arabes (Egypte, Arabie Séoudite, Iran) avaient appuyé l’émir du Koweit. Pour cette nouvelle tentative, Saddam Hussein avait besoin d’un prétexte. Différentes raisons seront invoquées: remboursement des dettes de guerre, exploitation des puits de frontière, prix du pétrole, prétextes qui seront d’ailleurs écartés au moment de l’action. Comme Kassem, il finit par soutenir que le Koweit était, historiquement, une province irakienne. Il faisait allusion au fait que l’Emprire ottoman, dans la tentative d’affirmer sa propre souveraineté sur le Koweit, l’avait formellement annexé à l’une de ses trois provinces, celle de Bassorah, avec laquelle les Anglais avaient dessiné, après le Première Guerre mondiale, l’Etat irakien. Mais Saddam Hussein oubliait expressément que les Turcs avaient toujours exercé sur le Koweit un contrôle intrinsèque et qu l’Irak était, en tout état de cause, une création politique récente.

 

Comme la crise avec l’Iran onze ans auparavant, il choisit soigneusement son heure en tenant compte de la situation internationale. Ils savait que les événements de 1989 avaient affaibli l’URSS et que l’Irak ne pouvait compter, comme par le passé, sur la protection d’un puissance mondiale. Mais il était convaincu que la fin de la guerre froide lui donnerait une plus large possibilité de manoeuvre. La conquête du Koweit n’aurait pas pu être tentée auparavant: cela aurait soulevé d’un côté l’opposition des Etats-Unis qui n’aurait pas toléré qu’un allié de l’URSS devienne la puissance dominante du Golfe et de l’autre l’Union Soviétique qui aurait retenu Saddam Hussein, ne voulant pas être concernée par un conflit mondial suscité par les simples ambitions d’un Etat vassal. Maintenant, dans des circonstances totalement différentes, l’opération devenait possible.

 

 

Le fait accompli

 

A l’aube du 2 août 1990, les chars irakiens traversent la frontière et s’approprient l’émirat.

 

Pour l’Amérique de Georges Bush sénior, la fin de la guerre froide contient la promesse d’un nouvel ordre mondial dont les Etats-Unis, par leur force morale et matérielle, seraient les artisans. C’est le rêve de Wilson et de Roosevelt à portée de la main, après quarante ans au cours desquels les USA ont continuellement trouvé sur leur route les desseins et les ambitions d’une puissance hostile. Saddam Hussein interprète l’année 1989 comme une possibilité de modifier à son avantage l’équilibre de la région. Bush y voit plutôt la possibilité de réaliser enfin le grand dessein international que l’Amérique poursuit depuis son entrée dans le premier conflit mondial. Dans le choc entre ces deux manières de penser, il y a les germes de la guerre qui débutera cinq mois plus tard. Fort d’une extraordinaire expérience politique et diplomatique ( il a été représentant de l’ONU à Pékin, directeur de la CIA et vice-président des Etats-Unis) Bush se révèle rapidement « manager » de la crise. Les circonstances internationales lui sont favorables. Les petites nations ne peuvent supporter une violence qui créerait un précédent pour quiconque se sent l’envie de satisfaire, aux frais d’un voisin, ses propres ambitions territoriales.

 

La majorité des pays arabes ne peut tolérer que l’un des leurs puisse un jour devenir la Prusse du Moyen-Orient. Les Européens ne peuvent accepter un geste qui les exposent au chantage du pétrole d’une seule nation. L’URSS enfin tient trop à ses nouveaux rapports avec les USA pour les sacrifier à un aventurier qui ne l’a même pas prévenue de ses agissements. Grâce à l’invitation de l’Arabie Séoudite, Bush envoie dans le Golfe un premier contingent de forces américaines et organise e peu de jours une vaste coalition anti-irakienne. L’ONU, de son côté, fournit une légitimité juridique et autorise l’Amérique à agir au nom de la communauté internationale.

 

 

Les erreurs de Saddam Hussein

 

Tout donne à penser que sa stratégie a été entièrement dominée par certaines de ses convictions sur la vulnérabilité morale et psychologie de l’Occident. Il a pensé que la présence forcée en Irak de quelques milliers d’otages étrangers allait obliger l’Occident à adopter une conduite plus conciliante. Lorsqu’il s’est aperçu que son chantage renforçait l’indignation de l’opinion publique et n’intimidait par les gouvernements, il a dû les libérer. Mais il a continué à croire que l’opinion occidentale et en particulier celle des Etats-Unis n’aurait pas toléré la vision de ses propres morts sur les écrans de télévision. Il a cru ensuite que le mouvement pacifiste submergerait les sociétés occidentales et qu’il paralyserait l’action des gouvernements. Un autre erreur a été celle de croire qu’Israël ne résisterait pas à ses provocations, que l’entrée en guerre d’Israël dans le conflit aurait semé la discorde dans le camps de ses ennemis arabes et brisé l’unité de la coalition anti-irakienne.

 

Il n’a pas prévu que les Américains allaient conseiller à Israël la modération, et surtout que le lancement de missiles Scud sur les villes israéliennes allait susciter contre lui des vagues de réprobation et de colère. Il a réussi, il est vrai, à conquérir la sympathie des Palestiniens et des masses arabes en Jordanie, en Algérie et au Maroc, mais il a grossièrement surévalué l’importance des sentiments arabes et islamiques dans une série d’événements qui impliquant les intérêts de quelques-un des plus importants pays du Golfe.

Histoire de l’Irak moderne

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La guerre contre l’Irak a commencé… il y a 80 ans

De Lawrence d’Arabie à Bush et Blair en passant par Churchill, l’histoire de la longue guerre américano-britannique pour le contrôle de l’Irak a débuté dans les années 20.

Richard Becker
08-01-2003

Contenu

  • 1914 1939 Pourquoi et comment débuta l’intervention des Etats-Unis?
  • 1939 1945 Les alliés s’affrontent sur le champ de bataille économique
  • 1945 1989 Le rôle des Etats-Unis devient prédominant
  • 1989 2003 Les graves conséquences de l’effondrement de l’URSS

1914 – 1939

Pourquoi et comment débuta l’intervention des Etats-Unis?

Durant les innombrables heures que les grands médias consacrent à propager les mensonges et tromperies de l’administration Bush, cette question cruciale n’est presque jamais évoquée. Et pour de bonnes raisons.

Depuis son tout début, il y a 80 ans, la politique des Etats-Unis vis-à-vis de l’Irak est orientée précisément sur un objectif: la prise de contrôle des riches ressources pétrolières de ce pays. Les fondements de l’intervention des Etats-Unis en Irak se basent sur les résultats de la Première guerre mondiale. C’était une guerre entre empires capitalistes. D’un côté, les empires allemand, austro-hongrois et ottoman; de l’autre, l’Entente entre les empires britannique, français et russe. La plus grande partie du Moyen-Orient était sous contrôle ottoman.

Les Britanniques, avec l’aide de leur agent T.E. Lawrence, que les cinéphiles connaissent sous le nom de «Lawrence d’Arabie», promirent aux chefs arabes que s’ils combattaient aux côtés de la Grande-Bretagne contre leurs maîtres turcs, les Britanniques soutiendraient la création d’un Etat arabe indépendant après la guerre.

Au même moment, les ministères des Affaires étrangères britannique, français et russe signaient secrètement l’accord Sykes-Picot. Cet accord dessina un nouveau Moyen-Orient. L’accord fut rendu public après la Révolution russe de 1917 par le parti bolchevique, qui le dénonça comme impérialiste.

Des révoltes de masse se déclenchèrent partout au Moyen-Orient, quand les peuples arabes et kurdes apprirent la traîtrise des «démocraties» impériales. Les rebellions continuèrent pendant toute la période coloniale. La répression était extrêmement brutale. En 1925 par exemple, les Britanniques bombardèrent au gaz empoisonné la ville kurde de Salaïmaniya, en Irak; c’est la première fois que ce gaz fut déployé par avion.

1925: une ville irakienne gazée par les Britanniques

Après la guerre, en 1918, la Grande-Bretagne et la France poursuivirent leurs plans. Ils s’accordèrent sur le fait que le Liban et la Syrie appartiendraient à l’empire français, tandis que la Palestine, la Jordanie ainsi que les deux provinces au sud de l’Irak, Bagdad et Bassorah, reviendraient au vaste empire britannique.

Cependant, ils ne purent se mettre d’accord sur la province de Mossoul, la partie septentrionale de l’Irak actuel. Selon l’accord Sykes-Picot, elle faisait partie de la «sphère d’influence» française. Les Britanniques étaient néanmoins décidés à ajouter Mossoul, région peuplée en majorité de Kurdes, à leur nouvelle colonie irakienne. Pour soutenir cette revendication, l’armée britannique occupa Mossoul quatre jours après la capitulation turque en octobre 1918, et ne quitta pas le territoire.

La solution à la lutte inter-impérialiste entre la Grande-Bretagne et la France à propos de Mossoul amena avec elle l’entrée en scène des Etats-Unis en Irak. L’importance de Mossoul pour les grandes puissances se basait sur les ressources connues de la région mais encore largement non exploitées à l’époque.

Les Etats-Unis étaient entrés en guerre aux côtés de la Grande-Bretagne et de la France en 1917, après que leurs amis et ennemis soient largement éreintés. Les conditions des Etats-Unis pour leur entrée en guerre comprenaient l’exigence que leurs objectifs économiques et politiques soient pris en compte dans le monde d’après-guerre. Parmi ces objectifs, l’accès à de nouvelles sources de matières premières, en particulier le pétrole. En février 1919, Sir Arthur Hirtzel, un officier colonial supérieur britannique prévenait ses associés: «On devrait se souvenir que la Standard Oil Company est très impatiente de s’emparer de l’Irak.»1

Face à la domination franco-britannique de la région, les Etats-Unis demandèrent tout d’abord un droit d’«ouverture». Les compagnies pétrolières US devaient être autorisées à négocier librement des contrats avec la nouvelle monarchie marionnette occupée par le Roi Fayçal, que les Britanniques avaient intronisé en Irak. La solution au conflit entre les alliés victorieux sur l’Irak fut trouvée en divisant le pétrole irakien. Les Britanniques conservèrent Mossoul en tant que partie de leur nouvelle colonie en Irak.

Pas une seule goutte pour l’Irak

Le pétrole irakien fut divisé en quatre fois 23,75%: pour la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas et les Etats-Unis. Les 5% restants allèrent à un baron du pétrole appelé Caloste Gulbenkian, connu sous le nom de «Monsieur Cinq pour cent», qui aida à négocier l’accord. Exactement 0% du pétrole de l’Irak appartenait à l’Irak. Cet état de choses devait se maintenir jusqu’à la révolution de 1958.

En 1927, une exploration pétrolière importante se mit en place. D’énormes réserves furent découvertes dans la province de Mossoul. L’Iraqi Petroleum Co., composée de BP, Shell, Mobil et Exxon, monopolisa totalement la production pétrolière irakienne. Deux ans plus tard fut créée l’Iraqi Petroleum Co., composée de Anglo-Iranian (aujourd’hui BP), Shell, Mobil et Standard Oil (Exxon). En l’espace de quelques années, elle monopolisa totalement la production pétrolière irakienne.

Pendant la même période, avec le soutien de Washington, la famille al-Saoud conquit la majeure partie de la péninsule arabe voisine. L’Arabie Saoudite fut établie dans les années 30 en tant que néocolonie des Etats-Unis. L’ambassade des Etats-Unis à Riyad, capitale du pays, se trouvait dans les bâtiments de l’ARAMCO (Arab American Oil Co.)

Cependant, les compagnies pétrolières US et leur gouvernement à Washington n’étaient pas satisfaits. Ils désiraient le contrôle complet du pétrole du Moyen-Orient, comme ils possédaient déjà un quasi-monopole des réserves pétrolières de l’hémisphère occidental. Cela signifiait le départ des Britanniques, encore maîtres dans la région. L’opportunité pour les Etats-Unis s’offrit suite à la Seconde guerre mondiale…

Note

1 Cité dans Peter Sluglett, «Britain in Iraq, 1914-32», London, 1974.

 

1939 – 1945

Les alliés s’affrontent sur le champ de bataille économique

Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont généralement dépeints comme les alliés les plus étroits durant la guerre, ils étaient pourtant aussi de féroces concurrents.

La guerre affaiblit grandement l’empire britannique en métropole et par la perte de colonies-clés en Asie. Dans les premiers temps de la guerre, de 1939 à 1942, se posait la question de savoir si la Grande-Bretagne survivrait. Elle ne réussit jamais plus à recouvrer son ancienne domination. Les Etats-Unis, par contre, gagnèrent en force tout au long de la guerre, alors que les chefs à Washington avaient une fois de plus attendu leur heure pour entrer en lice.

Dans les dernières étapes de la Seconde guerre mondiale, les administrations Roosevelt et Truman, dominées par les intérêts des grandes banques, des firmes pétrolières et autres, étaient décidées à restructurer le monde d’après-guerre afin d’assurer la position dominante des Etats-Unis.

Les éléments-clés dans leur stratégie consistaient en: 1) la supériorité militaire US en armement nucléaire et conventionnel; 2) la globalisation des entreprises dominée par les Etats-Unis, au moyen du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, créés en 1944, et de l’établissement du dollar comme monnaie mondiale; 3) le contrôle des ressources globales, en particulier du pétrole.

Alors que le combat faisait encore rage sur les champs de bataille, une lutte derrière le rideau pour le contrôle économique global avait lieu entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Cette bataille fut tellement acharnée que le 4 mars 1944, trois mois avant le début du débarquement de Normandie, le Premier ministre britannique Winston Churchill envoya un message inhabituel par son contenu impérialiste et son ton hostile, au Président Franklin Roosevelt:

«Merci beaucoup pour vos assurances de ne pas avoir de vues innocentes [comprenez envieuses, ndlr] sur nos champs de pétrole en Iran et en Irak. Permettez-moi de vous rendre la pareille en vous offrant l’assurance la plus grande que nous n’avons pas la moindre intention de nous immiscer dans vos intérêts ou propriété en Arabie Saoudite. Ma position dans celle-ci comme dans toutes affaires est que la Grande-Bretagne ne recherche pas d’avantages, territorial ou autres, à l’issue de cette guerre. D’autre part, elle ne sera privée de rien qui lui appartient de droit après avoir donné ses meilleurs services à la bonne cause, du moins aussi longtemps que l’on aura confié à votre humble serviteur la charge de conduire ses affaires.»1

Cette note montre clairement que les dirigeants US étaient tellement décidés à s’emparer de l’Iran et de l’Irak, tous deux néo-colonies de la Grande-Bretagne, qu’ils avaient déclenché les sonnettes d’alarme dans les cercles dirigeants britanniques. Malgré les fanfaronnades de Churchill, il n’y avait rien que les Britanniques puissent faire pour contenir la puissance croissante des Etats-Unis. En quelques années, la classe dirigeante britannique s’adapta à la nouvelle réalité et accepta le rôle de partenaire adjoint à Washington.

Note

1 Cité dans Gabriel Kolko, «The Politics of War», New York, 1968.

 

1945 – 1989

Le rôle des Etats-Unis devient prédominant

En 1953, après que le coup d’Etat de la CIA ait porté le Shah (roi) au pouvoir, les Etats-Unis prirent contrôle de l’Iran. Vers le milieu des années 50, l’Irak était contrôlé conjointement par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

En 1955, Washington organisa le Pacte de Bagdad, qui comprenait les régimes qui lui étaient inféodés Pakistan, Iran, Turquie, Irak ainsi que la Grande-Bretagne,. Le Pacte de Bagdad ou Cento (Central Treaty Organisation) avait deux buts. Le premier était de s’opposer à la montée des mouvements de libération arabes et autres au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Le second était d’être une de ces alliances militaires comme l’Otan, la Seato et l’Anzus qui encerclaient le camp socialiste: l’Union soviétique, la Chine, l’Europe de l’Est, la Corée du nord et le Vietnam du nord.

L’Irak, cur de Cento, était indépendant seulement sur papier. Les Britanniques entretenaient des champs d’aviation militaires en Irak. Alors que le pays est très riche en pétrole – 10% des réserves mondiales – le peuple vivait dans une pauvreté extrême et connaissait la famine.

L’illettrisme dépassait les 80%. Il y avait un médecin pour 6.000 personnes, un dentiste pour 500.000. L’Irak était dirigé par une monarchie corrompue sous le roi Fayçal II et une clique de propriétaires terriens féodaux et de capitalistes commerçants. Le simple fait que l’Irak ne possédait pas ses grandes réserves pétrolières souligne la pauvreté de l’Irak.

La révolution irakienne

Le 14 juillet 1958, l’Irak fut ébranlé par une puissante explosion sociale. Une rébellion militaire se transforma en révolution nationale. Le roi et son administration disparurent d’un coup, sous la justice populaire. Washington et Wall Street étaient stupéfaits. Dans la semaine qui suivit, dans ses dix premières pages, le New York Times ne parlait pratiquement que de la révolution irakienne.

Alors qu’on se souvient mieux aujourd’hui d’une autre grande révolution qui eut lieu juste six mois plus tard à Cuba, Washington considérait, à l’époque, le soulèvement irakien comme beaucoup plus menaçant pour ses intérêts vitaux. Pour le président Dwight D. Eisenhower, elle était alors «la plus grande crise depuis la guerre de Corée». Le lendemain de la révolution irakienne, 20.000 Marines US commencèrent à débarquer au Liban. Le jour suivant, 6.600 parachutistes britanniques furent lâchés en Jordanie.

C’est ce qui devint connu sous le nom de «doctrine Eisenhower». Les Etats-Unis interviendraient directement entreraient en guerre pour empêcher la propagation de la révolution dans ce Moyen-Orient vital. Les forces expéditionnaires US et britanniques intervinrent pour sauver les gouvernements néocoloniaux au Liban et en Jordanie. S’ils ne l’avaient pas fait, l’impulsion populaire en provenance de l’Irak aurait certainement fait s’effondrer les régimes dépendants et pourris de Beyrouth et Amman.

Plan USA en 1958: envahir l’Irak et placer un régime fantoche

Mais Eisenhower, ses généraux et son secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) John Foster Dulles avaient aussi autre chose en tête: envahir l’Irak, renverser la révolution et installer un régime fantoche à Bagdad.

Trois facteurs forcèrent Washington à abandonner ce plan en 1958: le caractère généralisé de la révolution irakienne; l’annonce par la République Arabe Unifiée, qui faisait frontière avec l’Irak, que ses forces combattraient les impérialistes s’ils cherchaient à envahir; le soutien énergique de la République Populaire de Chine et de l’Union Soviétique à la révolution. L’URSS commença une mobilisation de troupes dans les républiques soviétiques du sud proches de l’Irak. La combinaison de ces facteurs força les dirigeants US à accepter l’existence de la Révolution irakienne, mais Washington ne se résigna jamais vraiment à la perte de l’Irak.

Pendant les trois décennies qui suivirent, le gouvernement US utilisa de nombreuses tactiques visant à affaiblir et à miner l’Irak en tant que pays indépendant. A différentes époques comme lorsque l’Irak termina la nationalisation de la Iraqi Petroleum Co. en 1972 et signa un traité de défense avec l’URSS les Etats-Unis apportèrent un soutien militaire massif aux éléments kurdes de droite combattant Bagdad et ajoutèrent l’Irak à leur liste d’«Etats terroristes».

Les Etats-Unis soutinrent les éléments les plus à droite dans la structure politique post-révolutionnaire contre les forces communistes et nationalistes de gauche. Les Etats-Unis applaudirent, par exemple, la suppression du parti communiste irakien et des syndicats ouvriers de gauche par le gouvernement du parti Baas de Saddam Hussein à la fin des années 70.

Guerre Iran Irak: Washington aide les deux à détruire l’autre

Pendant les années 80, les Etats-Unis encouragèrent et aidèrent le financement et l’armement de l’Irak dans sa guerre contre l’Iran. La domination US de ce dernier s’était terminé par la révolution islamique iranienne en 1979. En réalité, le but des Etats-Unis dans la guerre Iran-Irak était d’affaiblir et détruire les deux pays. L’ancien secrétaire d’Etat Henry Kissinger révéla la véritable attitude des Etats-Unis concernant cette guerre lorsqu’il dit: «J’espère qu’ils se détruiront l’un l’autre».

Le Pentagone livra des photos satellites des objectifs iraniens à l’armée de l’air irakienne. A la même époque, comme le révéla le scandale Iran-Contra, les Etats-Unis envoyaient des missiles antiaériens à l’Iran. La guerre Iran-Irak fut un désastre, tuant un million de personnes et épuisant les deux pays.

 

1989 – 2003

Les graves conséquences de l’effondrement de l’URSS

Lorsque la guerre Iran-Irak se termina en 1988, les développements en Union Soviétique posaient un danger nouveau, encore plus grave pour l’Irak, qui disposait d’un traité militaire et d’amitié avec l’URSS.

Poursuivant la «détente permanente» avec les Etats-Unis, la direction Gorbatchev à Moscou commença à réduire son soutien à ses alliés dans le monde en développement. En 1989, Gorbatchev alla plus loin et retira le soutien aux gouvernements en Europe de l’Est, qui s’écroulèrent pour la plupart. Ce brutal changement dans les rapports de forces mondiaux, qui culmina deux ans plus tard avec la chute de l’Union Soviétique elle-même, constitua la plus grande victoire de l’impérialisme US depuis la Seconde guerre mondiale.

Elle ouvrit également la porte à la guerre US contre l’Irak, en 1991, et plus de dix ans de sanctions/blocus et de bombardements qui ont dévasté le pays et son peuple.

A présent, l’administration Bush cherche à gagner le soutien du public pour une nouvelle guerre contre l’Irak en parlant d’«armes de destruction massive» et de «droits de l’Homme». En réalité, Washington ne se soucie ni de la capacité militaire réduite de l’Irak ni des droits de l’Homme, où que ce soit dans le monde.

Ce qui mène la politique des Etats-Unis envers l’Irak en 2002-2003 est le même objectif qui préoccupait Washington et Wall Street il y a 80 ans: le pétrole.

 

* Workers World News Service, 31 octobre 2002. Traduction de Jerome Schretter.

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