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L’épuisement de la manne pétrolière de la mer du Nord

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Le Royaume-Uni est un important producteur de pétrole et de gaz, grâce aux gisements de la Mer du Nord, exploités depuis la fin des années 1970. C’est cette manne qui a permis au Royaume-Uni de redresser une situation économique délicate depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, plus que la nouvelle politique libérale mise en oeuvre par Margaret Thatcher et les conservateurs à partir des années 1980.

Les besoins énergétiques primaires sont fortement dépendants des industries fossiles : gaz 40%, pétrole 35%, charbon 15%, nucléaire 10%

La baisse des revenus pétroliers, dûs à la décroissance des productions de gaz et de pétrole, laisse penser que l’économie britannique pourrait être fortement secouée en 2006-2007.

L’épuisement de la manne pétrolière

Le pic pétrolier au Royaume-Uni a été atteint en 2000. En 2004, la production de pétrole de la mer du nord a encore chuté de plus de 10%, et dans ces conditions, il est probable que le Royaume-Uni devienne dès 2005, pour la première fois depuis plus de 25 ans, importateur net de pétrole à la suite du tassement de sa production

En 2006, près de 100 milliards d’euros (quatre fois le déficit français) : le trou de la balance commerciale britannique bat tous les records et marque un tournant, la fin d’une indépendance énergétique due aux gisements pétroliers de la mer du Nord. Longtemps exportatrice d’hydrocarbures grâce à cette « rente », la Grande-Bretagne est passée l’an dernier dans le camp des importateurs. Pour l’heure, son déficit pétrolier est modeste (1 milliard d’euros), mais à terme il devrait s’agrandir. Avec un baril à 70 dollars, l’addition risque d’être lourde.

Aux origines de la nouvelle crise pétrolière

 

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Croissance des besoins et essoufflement de l’offre sur fond de guerre d’irak

Aux origines de la nouvelle crise pétrolière

Quelle énergie l’humanité utilisera-t-elle dans les prochaines décennies ? Contrairement aux scenarii misant sur le nucléaire, le pétrole en fournira encore l’essentiel : selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande va croître de 1,9 % par an, passant de 80 millions de barils par jour en 2003 à près de 120 en 2020. Et, à cette date, la part des pays arabes dans la production devrait atteindre 41 %, contre 25 % actuellement. Telle est la toile de fond de la crise actuelle.

Par Nicolas Sarkis

 

Quelles sont les causes de l’actuelle et forte hausse des prix du pétrole ? S’agit-il d’un phénomène conjoncturel et passager ou du début d’un cycle d’accroissement durable des prix de l’énergie ? Est-ce, enfin, comme d’aucuns le craignent, le signe avant-coureur d’un nouveau et grand choc pétrolier, qui serait provoqué par le déséquilibre dans les rythmes de développement de l’offre et de la demande ?

Ces questions et ces craintes sont d’autant plus légitimes que le marché pétrolier est entré en ébullition deux mois après l’invasion de l’Irak en mars-avril 2003, dont certains espéraient une augmentation rapide de la production irakienne et une baisse des prix à quelque 20 dollars par baril. L’envolée complètement inattendue des cours s’est même accélérée au début du printemps 2004, soit précisément pendant la période où la demande mondiale a enregistré une baisse saisonnière de quelque 2 millions de barils par jour (mbj).

Le repli constaté après la dernière réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP [1]), le 3 juin 2004, et l’annonce d’un accroissement des stocks aux Etats-Unis n’a pas pour autant dissipé les inquiétudes. La demande mondiale devra en effet rebondir dans les mois à venir, et les facteurs qui ont fait exploser les prix à plus de 40 dollars par baril n’ont pas, pour l’essentiel, disparu. Ces facteurs concernent à la fois le contexte géopolitique mondial et le jeu mécanique du marché.

Si la situation en Irak n’était pas ce qu’elle est et si l’Arabie saoudite était restée à l’abri des attentats, la flambée des prix n’aurait pas été aussi rapide. En Irak, l’insécurité et les sabotages répétés des installations pétrolières ont fait chuter la production à 1,33 mbj en 2003 (contre 2,12 mbj en 2002, année qui a précédé la dernière guerre). Malgré une remontée à 2,3 mbj en mai 2004, la production reste bien en deçà des niveaux de 1999-2001.

Par ailleurs, les contrats négociés ou signés par le régime déchu avec plusieurs sociétés internationales en vue d’exploiter de nouveaux gisements, et doubler la production dans un délai de six à huit ans, ont été gelés. Quant à l’Arabie saoudite, premier exportateur de pétrole du monde, elle a subi une succession d’attentats – notamment contre un complexe pétrochimique et des zones pétrolières – qui ont créé un choc.

La multiplication de ces attentats fait craindre leur répétition en Arabie saoudite, en Irak ou ailleurs dans le Golfe, avec, comme conséquences possibles, des perturbations ou des interruptions plus ou moins longues des exportations. La grande différence par rapport à ce qui s’était passé en 1973 ou en 1979, c’est qu’il ne s’agit pas actuellement d’un embargo décidé par des gouvernements en place ou d’un changement de régime politique (comme en Iran après la révolution islamique), mais d’actions imprévisibles, perpétrées par des groupes sans visage. Pis : les menaces de déstabilisation auxquelles le régime saoudien est confronté remettent en cause la possibilité pour ce pays de continuer à jouer son rôle prépondérant dans la satisfaction des besoins pétroliers mondiaux.

Poker menteur

Dans l’ensemble, les tensions provoquées par la dégradation de la situation en Irak et en Arabie saoudite sont responsables d’une large partie de la dernière hausse des prix, dite « prime de risque ». Cette dernière, estimée entre 6 et 10 dollars par baril selon les circonstances, comprend aussi bien la hausse des coûts d’assurance que les retombées des achats spéculatifs sur les marchés à terme, auxquels les grandes banques d’investissement ont affecté plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Les tensions géopolitiques et les achats spéculatifs ont, en réalité, amplifié un mouvement haussier qui plonge ses racines dans l’évolution de l’offre et de la demande. A cet égard, trois principaux facteurs méritent d’être soulignés.

Le premier, qu’on a tendance à oublier, concerne l’impact des conflits ethniques et des grèves au Nigeria sur la production pétrolière de ce pays. La grève qui a paralysé l’industrie concernée au Venezuela en 2003 a elle aussi conduit à une forte chute de la production pétrolière dans ce pays.

Le second réside dans les goulets d’étranglement du raffinage dans les pays grands consommateurs. A la suite des sous-investissements des dernières années, les capacités mondiales ne dépassent pas 83,6 mbj, soit un peu plus que le pic de 82,5 mbj de la demande enregistré en février 2004. Qui plus est, la structure de ces capacités n’est plus adaptée à l’évolution des besoins en produits raffinés. C’est surtout le cas aux Etats-Unis, qui consomment pas moins de 9,6 millions de barils chaque jour, et où une pénurie d’essence a commencé à se manifester dès le début mai, provoquant du même coup une envolée des prix. L’accroissement des prix des produits raffinés a mécaniquement tiré vers le haut les prix du pétrole brut.

Troisième facteur : la décision annoncée le 10 avril par l’OPEP de réduire son plafond de production à 23,5 mbj et les vives protestations qu’elle a suscitées dans les pays industrialisés ont accru les tensions et accentué la hausse des prix. Pour autant, les pays de l’OPEP n’ont pas réduit leur production effective, et l’offre globale est donc restée suffisante pour couvrir la demande.

Voilà qui illustre l’opacité des statistiques circulant au sujet du marché pétrolier. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les pays membres de l’OPEP ne publient de chiffres sur leur production effective qu’avec de très longs mois de retard. Ce qui entretient la confusion entre leurs quotas théoriques de production et leur production effective, qui, généralement, dépasse ces quotas. Opérateurs et observateurs se livrent alors à un curieux jeu de cache-cache à travers l’exercice bien difficile qui consiste à traquer les mouvements des tankers quittant les ports de chargement et à s’adresser à des sources secondaires afin d’évaluer, autant que faire se peut, le volume du pétrole produit chaque jour par les pays exportateurs.

Le manque de transparence ne concerne pas seulement les données réelles de la production ; il complique également le problème des capacités de production et de l’évolution des capacités non utilisées dans les différents pays exportateurs. Il s’agit là d’une question cruciale quand les capacités non utilisées sont faibles, comme c’est le cas à présent.

Selon les estimations les plus fiables, les capacités non utilisées sont de l’ordre de 2,5 à 3 mbj dans le monde, dont la majeure partie en Arabie saoudite, alors que les pays non membres de l’OPEP, ainsi que la plupart des Etats membres, produisent à plein régime. Il suffirait donc d’une perturbation majeure dans les exportations saoudiennes ou irakiennes, d’une grève ou d’un accident grave dans l’un ou l’autre des principaux pays exportateurs pour provoquer un déficit de l’offre et un nouvel accès de fièvre sur le marché. Ce risque a, lui aussi, contribué à la dernière hausse des prix, d’autant plus que le rebondissement attendu de la demande mondiale dans la seconde moitié de cette année mettra plus à mal les faibles capacités encore disponibles.

Autre grand trou noir dans les statistiques pétrolières : les doutes concernant les données publiées sur les réserves prouvées et la fiabilité des projections à moyen et long termes sur l’offre et la demande globales. Quand une société internationale cotée en Bourse comme Shell procède, en l’espace de quelques mois, à des révisions en baisse d’environ un quart de ses réserves, il n’est pas surprenant que les chiffres publiés par d’autres grandes sociétés privées suscitent des interrogations.

Plus graves sont les doutes que provoquent depuis des années les statistiques officielles sur les réserves prouvées de la Russie et des principaux pays membres de l’OPEP. Car les réserves considérées comme prouvées ne sont pas vérifiées par des organismes indépendants. Le problème est de taille : celles des huit principales sociétés nationales des pays OPEP sont, en principe, de 662 milliards de barils, contre seulement 57 milliards de barils détenus par les huit plus grandes sociétés internationales. La récente controverse suscitée par le rapport Simmons (1) au sujet de l’état des gisements saoudiens et des possibilités réelles de développement des réserves de la Saudi Aramco, qui représentent près du quart du total mondial, a exacerbé les inquiétudes.

Face à une demande mondiale qui devrait passer de 80,3 mbj en 2004 à près de 120 mbj à l’horizon 2025, soit plus du double du niveau d’il y a trente ans, l’offre va-t-elle pouvoir suivre ? La majeure partie de cette dernière ne peut être assurée que par le Proche-Orient, dont la production devrait donc plus que doubler entre-temps pour éviter la pénurie. A moyen terme, les obstacles sont de nature essentiellement politiques, à savoir la nécessité d’un climat favorable à des investissements colossaux estimés à quelque 27 milliards de dollars par an dans cette région. On en est bien loin. A plus long terme, la grande inconnue, au Proche-Orient et ailleurs dans le monde, concerne la date qui marquera, dans un pays après l’autre, le pic de la production et le début de son irréversible déclin.

Les débats auxquels a donné lieu la conférence internationale organisée en mai dernier à Berlin par l’Association for the Study of Peak Oil (ASPO) ne sont pas très rassurants. Quels que soient les points de vue des deux écoles dites « optimistes » et « pessimistes », les découvertes se font rares et de moins en moins importantes : un seul gisement géant (Kashagan, au Kazakh-stan) a été trouvé au cours des trente dernières années, et les nouvelles découvertes ne compensent pas le pétrole extrait chaque année. Comme l’a si joliment dit un géologue, l’exploration pétrolière est devenue comme une partie de chasse dans laquelle les progrès technologiques ont permis au chasseur d’améliorer les performances de son fusil, mais le gibier devient de plus en plus petit et rare.

Les signes annonciateurs d’un grand choc ?

Autre réalité à souligner : de 2001 à 2025, la forte augmentation des besoins mondiaux et le déclin des réserves et de la production dans les pays industrialisés feront passer la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis de l’or noir importé de 55,7 % à 71 %, celle de l’Europe occidentale de 50,1 % à 68,6 % et celle de la Chine de 31,5 % à 73,2 %, sans oublier les autres pays consommateurs. Cette dépendance croissante, dans un domaine aussi vital que l’énergie, explique la « guerre pour le pétrole » que les grandes puissances et leurs sociétés pétrolières se livrent pour contrôler les réserves du Proche-Orient, de l’Afrique (2) ou de l’Asie centrale, sans oublier la dernière guerre d’Irak (3).

Ce n’est donc pas sans raison que l’interprétation de la dernière hausse des prix a fait débat : ne s’agit-il pas du signe annonciateur d’un grand choc, qui pourrait être provoqué, tôt ou tard, par l’inadéquation entre des besoins augmentant à un rythme soutenu et des capacités de production s’essoufflant ?

Le développement de ces dernières pour les quelques années à venir dépend autant de la stabilité politique, au Proche-Orient surtout, que du volume des réserves encore disponibles. A plus long terme, l’épuisementlent mais inexorable des réserves rend de plus en plus inéluctable la transition progressive vers des sources d’énergie autres que le pétrole.

Outre la stabilité politique, cette transition exige des prix de l’énergie suffisamment attractifs pour rendre possibles des investissements énergétiques mondiaux estimés par l’Agence internationale de l’énergie à 16 480 milliards (en dollar 2000) sur la période 2001-2030, aussi bien dans les industries pétrolière et gazière que pour le développement d’autres sources d’énergie. En ce sens, on peut dire que les craintes suscitées par la dernière hausse des prix du pétrole sont salutaires, dans la mesure où elles perturbent l’anesthésie quasi générale entretenue par une offre jusqu’ici plus que suffisante et par des prix du pétrole qui ne dépassent pas au niveau actuel, en dollar constant, leur record d’il y a un quart de siècle.

Nicolas Sarkis.

(1) M. Matthew Simmons, qui préside la Banque d’investissement Simmons & Cie, conseille le vice-président américain Richard Cheney et a inspiré la nouvelle politique énergétique des Etats-Unis.

(2) Lire Jean-Christophe Servant, « Offensive sur l’or noir africain », Le Monde diplomatique, janvier 2003.

(3) Lire Yahya Sadowski, « Vérités et mensonges sur l’enjeu pétrolier », Le Monde diplomatique, avril 2003.

 

L’après-pétrole a déjà commencé

 

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Pic de la production, tensions avec l’Iran, chaos en Irak

L’après-pétrole a déjà commencé

L’Agence internationale de l’énergie vient d’annoncer que la production pétrolière russe sera, dans les prochaines années, très en dessous des prévisions. La nouvelle, ajoutée aux tensions autour du nucléaire iranien, a entraîné le cours du baril au-dessus des 75 dollars. Ce « choc pétrolier » est pourtant différent des deux précédents, qui furent relativement brefs. Car rien n’indique que, dans les décennies qui viennent, les prix de l’or noir vont à nouveau baisser.

Par Nicolas Sarkis

 

Au cours des trois dernières années, les inquiétudes concernant la sécurité des approvisionnements énergétiques se sont considérablement aggravées. Elles portent désormais non plus seulement sur les exportations pétrolières du Proche-Orient, zone de turbulences chroniques, mais aussi sur l’ensemble du système mondial de production, de raffinage et de transport du pétrole et du gaz naturel. La sonnette d’alarme est de plus en plus fréquemment tirée tant par de hauts responsables politiques que par des experts indépendants. Dans son dernier rapport biannuel, « Perspectives énergétiques mondiales », publié le 7 novembre 2005, et qui couvre la période 2004-2030, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) exprime une opinion quasi générale en soulignant que « les risques pour la sécurité énergétique s’exacerberont à court terme » et que « la vulnérabilité à des perturbations des approvisionnements s’accentuera avec l’expansion des échanges mondiaux (1) ». Lors de ses vœux du nouvel an, le 5 janvier 2006, le président Jacques Chirac a pour sa part élevé au rang de « grande affaire du siècle » la nécessité de « préparer l’après-pétrole ».

Considéré comme la principale solution de rechange au pétrole, le gaz naturel suscite lui aussi des interrogations, surtout depuis que le premier exportateur mondial, la Russie, a, au début de 2006, brutalement suspendu ses livraisons à l’Ukraine et à la Géorgie, et les a, pour des raisons de disponibilité, réduites à destination de la Hongrie, de l’Autriche et de l’Italie. Ces perturbations ont été jugées suffisamment alarmantes pour que le problème de la sécurité énergétique domine les pourparlers de la réunion ministérielle du G8 tenue en février 2006 à Moscou.

L’aigle américain déploie ses ailes

Toujours au nom de la sécurité, le président George W. Bush a prôné, dans son discours sur l’état de l’Union prononcé le 31 janvier, la nécessité pour les Etats-Unis de réduire leur dépendance envers les importations d’hydrocarbures et d’aller « au-delà d’une économie basée sur le pétrole ». Même son de cloche du côté européen, où une réunion d’experts sur l’énergie, le 15 février à Berlin, a souligné l’« intérêt stratégique » de la réduction de la dépendance de l’Europe à l’égard du Proche-Orient et de la Russie, et du renforcement des mesures de sécurité, devenu, selon M. Luc Werring, haut fonctionnaire de la Commission européenne, un « problème crucial ».

Pourquoi donc toutes ces craintes alors que l’aigle américain déploie maintenant ses ailes d’un bout à l’autre des provinces du Proche-Orient, de l’Asie centrale et de l’Afrique, et que les pays exportateurs de pétrole n’ont pas hésité à ouvrir les vannes pour faire face à l’accroissement rapide des besoins et éviter une pénurie de l’offre ?

Ce développement soudain d’un sentiment général d’insécurité est aux antipodes de ce que beaucoup pensaient ou espéraient avant la guerre d’Irak de mars 2003 et la mainmise de Washington sur un pays qui, après l’Arabie saoudite, possède les principales réserves pétrolières de la planète. Il est également à l’opposé des certitudes qui prévalaient au lendemain de la guerre du Golfe de 1990-1991 et de la libération du Koweït par les Etats-Unis et leurs alliés. A cette époque, M. James Schlesinger, ministre de la défense puis directeur de la Central Intelligence Agency (CIA) dans l’administration du président Richard Nixon, puis ministre de l’énergie dans le gouvernement du président James Carter, affirmait lors du 15e congrès du Conseil mondial de l’énergie, tenu en septembre 1992 à Madrid, que, selon de hauts responsables de l’administration Bush père, « ce que le peuple américain a retenu de la guerre du Golfe, c’est qu’il est bien plus facile et bien plus drôle d’aller botter les fesses des gens au Moyen-Orient que de faire des sacrifices pour limiter la dépendance vis-à-vis du pétrole importé ».

M. Schlesinger avait explicité sa pensée en soulignant que, à la suite de l’effondrement de l’URSS et de la disparition de la menace soviétique sur les gisements du Proche-Orient, les craintes concernant la sécurité d’approvisionnement s’étaient fortement estompées aux Etats-Unis, et que le niveau relativement bas des prix du pétrole, qui contribue à la chute de la production nationale et à l’accroissement des importations, n’était plus vraiment un sujet d’inquiétude.

Le second constat est que le paysage a profondément changé au cours des trois dernières années. Au lieu d’ouvrir la voie à une forte augmentation de la production irakienne et à une baisse des prix, l’invasion de l’Irak de 2003 s’est soldée par des sabotages, le spectre d’une guerre civile et un déclin de la production pétrolière de 2,5 à 1,5 million de barils par jour (mbj) (2) dans l’un des principaux pays exportateurs. Conjugué à d’autres facteurs, cela a conduit à une explosion des prix, qui sont passés, en moyenne pour l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP), de 24,36 dollars le baril en 2002 à 50,58 dollars en 2005.

Contrairement aux chocs pétroliers de 1973-1974 et de 1979-1980, cette hausse complètement inattendue et les préoccupations concernant la sécurité ne sont pas le résultat d’un embargo, d’une baisse des exportations ou de l’utilisation de l’or noir comme arme par tel ou tel pays producteur. Elle trouve son origine dans deux séries de facteurs. Les premiers sont de nature géopolitique – notamment les attentats et l’instabilité politique au Proche-Orient, les tensions autour du programme nucléaire iranien, les conflits au Nigeria (3), etc. Les autres sont encore plus inquiétants parce que plus durables, dans la mesure où ils touchent à l’équilibre entre l’offre et la demande.

On a assisté à une accélération inattendue du rythme d’accroissement des besoins de consommation. Après une croissance moyenne de 1,54 % par an au cours de la période 1992-2002, la demande mondiale a progressé de 1,93 % en 2003 et de 3,7 % en 2004, pour atteindre un record de 82,1 mbj en 2004, puis 83,2 mbj en 2005. Au total, et en l’espace de trois ans seulement, les besoins pétroliers ont augmenté de 5,5 mbj. C’est surtout en Chine que l’augmentation a été la plus spectaculaire, avec un bond de 7,6 % en 2003 et de 15,8 % en 2004.

Cet accroissement a incité les pays à produire au maximum de leur capacité, et ils ne peuvent extraire davantage de pétrole. A ceci s’est ajoutée une saturation des capacités de transport et de raffinage, surtout aux Etats-Unis, qui a tout naturellement alimenté la spirale de la hausse des prix.

Les estimations disponibles, notamment celles de l’AIE et du ministère américain de l’énergie (DOE), indiquent que la consommation mondiale augmenterait de près de 50 % au cours des vingt-cinq prochaines années, passant de 83,2 mbj en 2005 à 115,4 mbj en 2030, selon l’AIE, et à 131 mbj, selon la DOE. Comme le dit si joliment une récente publicité du groupe américain ChevronTexaco, il aura fallu au monde cent vingt-cinq ans pour consommer le premier trillion (mille milliards) de barils de pétrole, mais il ne faudra que trente ans pour consommer le second trillion, qui correspond au total du volume des réserves prouvées.

Comment et à quel prix pourrait-on répondre à cette montée en flèche des besoins ? La réponse à cette question dépend de deux variables relatives, d’une part, à la fiabilité des chiffres qui circulent au sujet des réserves et, d’autre part, au développement possible des capacités de production.

Bien qu’elles ne soient pas nouvelles, les suspicions au sujet du volume réel des réserves ont tout récemment été renforcées par les fortes révisions à la baisse annoncées par certaines sociétés pétrolières, ainsi que par les nouvelles estimations avancées par des géologues indépendants.

Pour ce qui concerne tout particulièrement les pays membres de l’OPEP, les points d’interrogation suscités par les estimations officielles remontent aux années 1980, quand les pays du Golfe notamment ont procédé, l’un après l’autre, à des réévaluations spectaculaires de leurs réserves, sans que cela ait toujours été justifié par de nouvelles découvertes, des hausses des prix ou de nouvelles études. Entre 1985 et 1986, les Emirats arabes unis ont porté l’estimation officielle de leurs réserves de 33,9 à 97,2 milliards de barils. L’Arabie saoudite a pour sa part augmenté la sienne de 50 % en la portant de 169,6 à 254,9 milliards de barils entre 1987 et 1988 (4), tandis que l’Irak procédait à un doublement, de 32 milliards de barils en 1981 à 65 milliards à partir de 1983 (puis à 115 milliards de barils à partir de 2001). Ce gonflement est intervenu à une époque où les pays membres de l’OPEP mettaient en place le système du plafond de production et de quotas nationaux fixés en fonction essentiellement des réserves prouvées de chaque pays. Ainsi, entre 1983 et 1988, le total des réserves prouvées estimées de l’OPEP a augmenté de 62 %, bondissant de 470 milliards à 761,4 milliards. D’autres réévaluations les ont par la suite, pour les mêmes pays, portées à 896,6 milliards de barils au 1er janvier 2005.

Certaines de ces révisions ont certes été la conséquence de nouvelles découvertes ou de progrès technologiques portant sur les taux de récupération. D’autres sont restées sujettes à caution, d’autant plus que la quasi-totalité de ces réserves est contrôlée par des sociétés étatiques qui refusent toute vérification par des organismes extérieurs. Les estimations officielles des réserves dites « prouvées » de l’OPEP sont supérieures d’environ 400 milliards de barils à celles avancées par des organismes privés indépendants, dont notamment l’Association for the Study of Peak Oil (ASPO). Ces volumes, présentés par certains experts comme des « barils fictifs », correspondent à 44 % du total des estimations officielles de l’OPEP. Ceci ne signifie évidemment pas que les chiffres avancés par des organismes indépendants seraient tous plus proches de la réalité que ceux annoncés par les pays concernés. Toutefois, l’énormité de la différence permet de mesurer aussi bien la complexité des critères techniques et économiques utilisés que les doutes qui subsistent au sujet des données disponibles.

Ces doutes sont du reste alimentés par le fait que les chiffres publiés par certains pays de l’OPEP restent parfois inchangés durant de très longues périodes, comme si chaque baril produit était miraculeusement et immédiatement remplacé par une découverte ou une réévaluation. Ainsi, et à titre d’exemple, l’Irak a maintenu son chiffre à 100 milliards de barils tout rond au long de la période 1987-1995, avant de le porter à 115 milliards. Non moins surprenant est l’exemple du Koweït, qui, entre 1991 et 2002, n’a pas modifié l’estimation de 96,5 milliards de barils pour ses réserves prouvées, en dépit d’une production cumulée qui a dépassé 8,4 milliards de barils durant la même période. S’appuyant sur des données qui auraient été communiquées par des responsables koweïtiens, l’hebdomadaire américain Petroleum Intelligence Weekly a affirmé en janvier 2006 que les statistiques officielles confondent les réserves prouvées, probables et possibles : les réserves prouvées à proprement parler ne dépassent pas 48 milliards de barils…

D’autre part, le volume des réserves prouvées de la Fédération de Russie reste incertain tant à cause de l’opacité des statistiques que de la méthodologie d’estimation utilisée dans ce pays. Selon certaines sources occidentales, le volume réel serait de 30 % à 40 % inférieur au chiffre officiel de 72,3 milliards de barils.

Enfin, même pour des sociétés internationales cotées en bourse et soumises au contrôle de commissaires aux comptes et de sociétés d’audit, de forts doutes subsistent. Notamment depuis l’affaire Shell : à la suite de la forte chute de la production de son gisement de Yibal à Oman et d’autres déboires dans le monde, la compagnie a dû reconnaître en janvier 2004 que ses réserves prouvées avaient été surestimées de près du tiers. Peu de mois après, la société américaine El Paso a, elle aussi, annoncé une révision à la baisse d’environ 11 %. Plus récemment, en janvier 2006, le groupe espagnol Repsol-YPF a également dû amputer de 1,25 milliard de barils équivalent pétrole, soit près de 25 % du total, les estimations qu’il avançait jusque-là pour ses réserves mondiales d’hydrocarbures. Tout comme Shell, cela lui a valu une avalanche d’actions en justice de la part de ses actionnaires.

Des projections complètement irréalistes

Une autre cause d’inquiétude réside dans le fait que, depuis une vingtaine d’années, le volume du pétrole extrait du sous-sol dépasse celui du pétrole découvert. Certaines sociétés internationales ayant du mal à maintenir le niveau de leur production procèdent, quand elles le peuvent, à l’achat d’actifs d’autres sociétés. L’exemple le plus récent est celui de ChevronTexaco, qui a payé le prix fort pour acquérir en 2005 la société indépendante américaine Unocal convoitée par l’entreprise gouvernementale chinoise China National Offshore Oil Corp (CNOOC). Sans cette acquisition, le taux de remplacement des réserves de ChevronTexaco n’aurait pas dépassé les 40 à 45 % en 2005.

Parallèlement au ralentissement des découvertes et à la baisse lente mais inexorable du ratio global réserves/production, un autre risque plus immédiat pèse sur le marché pétrolier. Il s’agit du déclin de la production dans bon nombre de pays, et de l’insuffisance des investissements réalisés pour développer les nouvelles capacités nécessaires à la couverture des besoins.

En raison de la baisse de leur production et de l’accroissement de leurs besoins nationaux, plusieurs pays hier encore exportateurs nets de pétrole sont devenus importateurs nets (Indonésie, Egypte et Tunisie, sans oublier évidemment les Etats-Unis) ou risquent de le devenir dans peu d’années (Gabon, Oman et Syrie). Au Mexique, une étude entreprise en 2005 par la compagnie nationale Pemex fait craindre un déclin bien plus rapide que prévu de l’extraction, surtout celle du gisement de Cantarell, qui, avec 2 mbj, représente près de 60 % du total de la production du pays. En mer du Nord enfin, l’AIE prévoit la poursuite du déclin, de 6,6 mbj en 2002 à 4,8 mbj en 2010 et à 2,2 mbj à l’horizon 2030.

Cette chute pourrait-elle être compensée à temps par d’autres pays exportateurs ? Rien n’est moins sûr. Pour ce qui est du Proche-Orient, où la production est supposée devoir doubler d’ici à 2025 pour couvrir l’accroissement de la demande mondiale, les projections de l’AIE et du département américain de l’énergie semblent être complètement irréalistes. Seule l’Arabie saoudite a mis en vigueur un programme visant à augmenter sa capacité de production de 10,8 mbj actuellement à 12,5 mbj en 2009 ; ailleurs, les perspectives sont nettement moins prometteuses, surtout en Iran, en Irak et au Koweït. La situation politique en Irak et les tensions au sujet du programme nucléaire iranien compromettent le développement de leurs capacités. Au Koweït, le fameux projet visant au doublement de la capacité de production de cinq gisements fait du surplace depuis une dizaine d’années, pendant que les vieux puits de Burgan et de Raudhatain, qui couvrent 67 % de la production du pays, commencent à manifester des signes d’essoufflement.

Dans ce contexte marqué par des besoins de plus en plus grands pour une ressource de plus en plus rare, le principal danger qui pèse sur la sécurité des approvisionnements réside dans l’inadéquation entre demande et offre, et dans la concurrence et le risque de conflits entre les principaux pays consommateurs. Cette rivalité explique la course à laquelle se livrent les Etats-Unis, les pays européens, la Chine, le Japon ou l’Inde pour prendre pied dans les pays détenteurs de réserves, et contrôler les routes terrestres et maritimes entre les centres de production et les grandes zones de consommation. La guerre d’Irak de mars 2003, qui a permis à Washington d’évincer la France, la Russie et l’Italie de ce pays, le nouvel oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan ou le récent accord germano-russe sur le gazoduc nord-européen, qui sera construit sous la Baltique, sont autant d’exemples des grandes manœuvres visant à sécuriser les besoins énergétiques des pays concernés.

Depuis l’embargo de 1973-1974, les dangers ont changé de nature. Le mot embargo a été banni du vocabulaire des pays exportateurs. Ce sont, comble d’ironie, les pays industrialisés qui ont utilisé, et qui continuent, le pétrole comme arme contre des pays exportateurs, et ce à travers les sanctions onusiennes contre l’Irak au cours de la période 1990-2003 ou à travers les sanctions américaines contre la Libye et l’Iran dans le cadre de l’Iran-Libya Sanctions Act (ILSA) (5), ou contre le Soudan.

Contrairement à un préjugé aussi aberrant que dangereux, il y a une réelle complémentarité objective d’intérêts entre les pays importateurs et les pays exportateurs. Au souci bien légitime des premiers de sécuriser leurs importations pétrolières et gazières répond le souci non moins légitime et non moins vital des seconds de garantir leurs marchés et leurs recettes d’exportations, indispensables pour développer leurs économies. Quant aux divergences sur les prix, elles vont même en s’atténuant. La nouvelle tendance à la hausse va dans le sens d’un besoin impérieux : consentir des investissements colossaux pour développer les capacités de production et d’autres sources plus coûteuses d’énergie.

Avec un pétrole condamné à devenir de plus en plus rare et de plus en plus cher, le problème de la sécurité requiert une approche politique bien différente de celle d’il y a trente ans. Les antagonismes et les risques de conflits se situent désormais bien moins entre les pays producteurs et les pays importateurs qu’entre les pays grands consommateurs, où l’accroissement des besoins et le déclin de la production domestique conduisent inexorablement à l’aggravation de la dépendance vis-à-vis des importations, notamment celles du Proche-Orient. Certaines vieilles recettes concernant la sécurité, dont la diversification des sources géographiques d’approvisionnement ou les pressions exercées sur les pays producteurs pour continuer à bénéficier d’un pétrole abondant et bon marché, ne sont plus adaptées. Les nouveaux défis ne peuvent être relevés que dans le cadre de relations fondées sur l’équilibre des intérêts entre des pays souverains.

Nicolas Sarkis.

 

Nicolas Sarkis

Directeur du Centre arabe d’études pétrolières et de la revue Le Pétrole et le Gaz arabes, Paris.

 

(1) http://www.iea.org/Textba se/press/p…

(2) 1 baril = 159 litres.

(3) Lire Jean-Christophe Servant, « Au Nigeria, le pétrole de la colère », Le Monde diplomatique, avril 2006.

(4) Lire Michael T. Klare, « Limites de la puissance pétrolière saoudienne », Le Monde diplomatique, mars 2006.

(5) L’ILSA a été voté en 1996 par le Congrès américain. Il vise notamment à sanctionner les sociétés étrangères qui investiraient plus de 40 millions de dollars dans le domaine énergétique en Iran (le volet libyen a été suspendu depuis la détente entre la Libye et les Etats-Unis). Bien que ce texte n’ait jamais été appliqué, il a abouti à dissuader certaines compagnies d’investir en Iran.

 

Pétrole, population et pic de production

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La question centrale est : pourquoi le prix du pétrole monte ? La tentation est forte d’expliquer la hausse des prix du pétrole uniquement par des raisons conjoncturelles (guerres, embargo) et d’oublier les raisons structurelles. Néanmoins ceci arrive souvent dans les journaux et à la télévision où chaque hausse du prix de l’essence à la pompe est attribuée une crise géopolitique. Les crises, qui ont des répercutions sur le prix des hydrocarbure, sont la conséquence de tensions structurelles majeures dans le monde de l’énergie. Pour simplifier, il y a des crises parce qu’on risque de manquer de pétrole et non l’inverse. Il faut voir au delà des guerres et des crises les raisons de la hausse du prix du pétrole. La croissance économique de l’Asie, l’augmentation de la population mondiale, la hausse de la consommation d’énergie par habitant et dans le même temps la diminution continue des réserves de pétrole sont les raisons fondamentales qui provoquent ces crises, j’ai souhaité résumer ceci en un unique graphique, les quelques lignes qui suivent n’en sont que le commentaire.

I. Guerres et politiques :

Les tensions géopolitiques font monter les prix du baril de brut à court terme, cependant cela n’est possible que parce que l’équilibre entre l’offre et la demande est de plus en plus difficile. Si le monde produisait dix fois plus de pétrole, ces crises auraient peu de conséquences sur le prix du baril de pétrole.

1) Guerres et crises politiques.
Voici quelques dates expliquant les grands mouvements du prix de l’essence depuis plus de trente ans.
- 17/10/1973 : Embargo des pays de l’OPEP.
- 12/12/1978 : Révolution Iranienne,
- 4/11/1979 : Crise des otages américains en Iran.
- 05/1979 : Guerre Iran Irak : incidents à la frontière entre l’Iran et l’Irak,
- 09/1980 : Début de la guerre Iran Irak.
- 2/08/1990 : Invasion du Koweït par l’Irak

- 16/01/1991 : Début de l’Opération tempête du désert et le 26/02/2006 c’est la fin de la guerre du golf (libération de Koweït City). – 25/12/1991 : Début de la dislocation de l’URSS. – 11/09/2001: Attentats du World Trade Center, New York
- 20/03/2003 : Début de la Guerre en Irak.


2) Situation de l’économie mondiale face aux problèmes de l’énergie.

Plus abstrait et subjectif que les dates de crises mentionnées dans le paragraphe précèdent, voici quelques lignes sur des points importants à souligner dans le graphique des prix du baril de pétrole (prix à la raffinerie) :

- 1993 : La Chine devient importateur de pétrole, en 2002 34% des besoins en pétrole sont importés puis 40% en 2005. La production de pétrole de la Chine devrait se maintenir jusqu’en 2009 pour ensuite baisser. En conséquence, tous les nouveaux besoins en pétrole de la Chine devront être comblés par des importations.

- 1997 : Crise économique en Asie qui entraîne une baisse temporaire de la demande en pétrole.

- 2004 : l’Inde atteint son pic de production de pétrole, elle développe alors une diplomatie de l’énergie pour assurer son approvisionnement en pétrole à long terme. L’Inde et la Chine se retrouvent souvent en situation de concurrence pour acheter des ressources pétrolières en Russie, en Iran, en Afrique, en Amérique du sud et surtout en Asie centrale. L’Inde a pour projet la construction de plusieurs pipelines, le premier pipeline passerait par le Pakistan à destination de l’Iran, le second pipeline passerait par le Bangladesh pour établir un lien énergétique avec l’Asie du sud est, et enfin le troisième passerait par le Pakistan et l’Afghanistan à destination du Turkménistan.
- 2004 : En Février, Shell annonce une révision à la baisse de 30 % de ses réserves de pétrole sur fond de surestimation des réserves de pétrole du Nigeria pour contourner les quotas de l’OPEP.

Sur ce graphique, il est possible d’ajouter des dizaines de dates légitimes pour expliquer l’augmentation du prix du pétrole dans le monde. J’ai du faire des choix, je voulais surtout montrer la hausse de la consommation Chinoise et Indienne ainsi que le virage stratégique très important pris par ces deux pays. Le dernier point est celui de la surestimation des réserves pétrolières par les pays et les compagnies pétrolières, Shell est la 1ère compagnie à avoir fait son mea culpa.
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II. Pic de production :

Le graphique ne comporte pas tous les pays qui ont atteint leur pic de production d’or noir afin de ne pas en compliquer la lecture, voici une liste plus détaillée avec les dates des pics de production : 1955 : Autriche 1966 : Allemagne,
1970 : Libye, Bahreïn, Venezuela, Ukraine
1971 : USA (La prévision de King Hubbert s’est avéré exacte).
1973 : Canada, Malaisie
1976 : Iran, Roumanie
1977 : Indonésie
1978 : Brunei, Yémen, Trinidad
1981 : Tunisie
1982 : Chili
1983 : Pérou, Albanie,
1986 : Cameroun
1987 : Hongrie, Pays-Bas
1988 : Croatie, France,
1991 : Turquie
1992 : Pakistan
1995 : Syrie, Egypte
1996 : Gabon
1997 : Italie
1998 : Ouzbékistan, Argentine,
1999 : Yémen, Colombie
2000 : Australie, Grande-Bretagne (déclin très rapide de la production offshore).
2001 : Oman, Congo
2002 : Danemark,
2003 : Norvège, Chine, Mexique
2004 : Qatar, Inde (début de sa politique énergétique), Malaisie, Equateur.
2005 : Thaïlande.
Chaque jour les réserves mondiales de pétrole diminuent un peu plus et dans le même temps la liste des pays qui on atteint leur pic pétrolier s’allonge.

 

III. Population mondiale.

La croissance de la population mondiale ainsi que le besoin croissant en énergie de l’Inde et de la Chine pour soutenir leur développement pèsent de plus en plus lourds dans la demande mondiale de pétrole.

1) Evolution de la population mondiale et de la production de mondiale de pétrole brut.
- La population mondiale est passé de 2.5 milliards d’habitants en 1950 à 6.5 milliards d’habitants en 2006 . Cette augmentation de la population mondiale s’est accompagnée d’une augmentation de la consommation de pétrole. En 1970, la production mondiale de pétrole (tout liquide) était de 48 millions de barils par jour, en 2004, elle était de 83 millions barils par jour.

- De 1970 à 2004, la production mondiale de pétrole s’est adaptée à l’augmentation de la population mondiale. La production par an et par habitant est restée plus ou moins la même, de l’ordre de 750/760 litres de pétrole brut par habitant et par an, soit en moyenne 2.1 litres de pétrole brut par jour. (Par exemple en 2004, la production est de 30.3 milliards de barils pour 6.3 milliards d’habitants, ce qui fait 4.7 barils soit après conversion 756 litres par an et 2.07 litres par jour et par habitant).

2) De profondes inégalités dans la consommation de pétrole.
- Les USA représentent 4.6 % de la population mondiale, ils consomment 24% de la production mondiale de pétrole en 2004 (calculs sur la base de 300 millions d’habitants et 20 millions de barils par jour de consommation de pétrole), soit 10.5 litres de pétrole brut par jour et par habitant
- L’Allemagne, l’Angleterre et la France réunis représentent 3.2 % de la population mondiale et ils consomment 7.7% de la production mondiale de pétrole, soit 4.94 litres de pétrole brut par jour et par habitant.
- La Chine, avec ses 1.3 milliards d’habitants, représente 20 % de la population mondiale et ne consomme que 6.9 millions de barils de brut par jour c’est-à-dire 8% de la production mondiale, soit 0.83 litres de pétrole brut par jour et par habitant.
Un Américain consomme 12.6 fois plus qu’un Chinois et un Français, Allemand ou Anglais consomme 6 fois plus qu’un chinois.
- Alors que la production de pétrole peine à répondre à l’augmentation de la population mondiale, une partie de la population adopte les mauvaises habitudes énergétiques de l’occident. Par conséquent, le moment où l’offre ne pourra plus répondre à la demande se rapproche encore un peu plus vite.

 

Depuis le début de l’utilisation du pétrole, la réponse à l’augmentation de la demande en pétrole se fait sous forme de l’augmentation de sa production.
Toutefois, nous arrivons aux limites de ce système, la population mondiale continue à croître et de nombreux pays augmentent leur consommation par habitant en adoptant le mode de vie occidental. Tout ceci arrive au pire un moment, quand le monde éprouve de plus en plus de difficulté à augmenter ses capacités de production pétrolière par manque de nouvelles découvertes.
La hausse du prix du pétrole dans les années à venir ne sera pas le fruit de crises ponctuelles de plus en plus fréquentes et graves, mais le résultat d’un décalage croissant entre la demande (population en augmentation et hausse de la consommation par habitant) et l’offre (limite géologique des réserves de pétrole).
Pour résumer : une population mondiale qui croît, qui consomme encore plus, face à cela une ressource géologique en quantité limitée…. C’est un problème que King Hubbert a déjà souligné voici quelques années : “We are in a crisis in the evolution of human socienty. It’s unique to both human and geologic history. It has never happened before and it can’t possibly happen again. You can only use oil once. You can only use metals once. Soon all the oil is going to be burned and all the metals mined and scattered.”
« Nous vivons une crise dans l’évolution de la société humaine. C’est unique dans l’histoire tant humaine que géologique. Cela n’est jamais arrivé auparavant et cela ne peut probablement plus arriver à nouveau. Vous pouvez seulement utiliser le pétrole qu’une seule fois. Vous pouvez seulement utiliser des métaux qu’une seule fois. Bientôt tout le pétrole va être brûle et tous les métaux extraits et dispersés. »

Dr Thomas CHAIZE

Sources :

- l’ASPO

- US Census bureau

- EIA (Energy information administration)

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